Pourquoi on n’aime pas se voir en photo?


Il y a cette phrase que l’on entend souvent :
« Je n’aime pas me voir en photo. »
Elle est dite presque machinalement, comme une évidence.
Comme si ne pas aimer son image allait de soi.
Mais parfois, derrière cette phrase, il y a autre chose.
S’aimer, ce n’est pas se trouver parfait
S’aimer ne veut pas dire aimer chaque détail de soi.
Ce n’est pas se convaincre que tout est beau, tout le temps.
S’aimer, c’est accepter.
Accepter ses traits, ses expressions, ses silences.
Accepter que l’on change, que l’on évolue, que l’on ne soit pas toujours à l’aise avec son reflet.
Refuser les photos, parfois, n’est pas un rejet de l’image.
C’est un rejet de ce que l’on pense être.
La photo comme un espace, pas comme un jugement
Une photo n’est pas là pour corriger.
Elle n’est pas là pour transformer.
Elle est là pour révéler.
Un regard.
Une présence.
Une vérité discrète.
Se laisser photographier, c’est parfois apprendre à se regarder avec un peu plus de douceur.
Avec moins de sévérité.
Avec un peu plus de bienveillance.
Un mot personnel
Pendant longtemps, j’ai évité qu’on me prenne en photo.
Je sortais toujours la même excuse : j’ai l’habitude d’être derrière la caméra.
J’observais, je cadrais, j’analysais.
Et avec le temps, ce regard est devenu très critique.
Alors je repoussais le moment. Je me disais que ce n’était pas important, que je finirais par avoir une photo de moi comme je voulais. Mais ce moment n’arrivait jamais.
Avec le temps, j’ai réalisé que j’avais très peu de photos de moi. Presque aucune.
C’est étrange, quand on a passé une grande partie de sa vie à documenter les autres, les lieux, les instants, sans jamais vraiment se documenter soi-même.
Puis, un jour, j’ai cessé d’attendre la photo idéale.
J’ai accepté qu’une image puisse être imparfaite, silencieuse, intime. Une image que l’on garde pour soi.
Juste comme une trace.
Un souvenir.
Un soin.
C’est aussi pour cette raison que j’écris ce texte aujourd’hui.
Se laisser voir
Se laisser voir, tel que l’on est, ce n’est pas de la vanité.
C’est une forme de respect.
Respect pour son parcours.
Pour ce que l’on traverse.
Pour ce que l’on devient.
S’aimer, ce n’est pas toujours dire « j’aime cette photo ».
Parfois, c’est simplement dire :
« C’est moi, et c’est suffisant. »
